.Synthese du rapport

 

Le positionnement international de l'enseignement francilien

Rapport présenté par M. Elie Cohen au nom de la Commission de l'éducation, de l'enseignement etde la recherche (19 juin 2001)

Introduction

La mise en lumière de la position internationale de l'enseignement francilien comporte des enjeux majeurs à la fois sur le fonctionnement des structures éducatives mais aussi sur le développement économique et social de la Région.

Pour l'Ile-de-France, ces enjeux majeurs sont de quatre ordres :

- le positionnement international du système éducatif conditionne l'amélioration de la compétence et des qualifications de la population francilienne. Cette observation concerne singulièrement les jeunes qui trouvent ainsi des conditions déterminantes pour leur insertion sociale et professionnelle ;

- le rayonnement international du système éducatif constitue, dans chaque territoire, un atout pour les entreprises exposées à une concurrence internationale accrue et confrontées à des impératifs nouveaux de compétitivité ;

- il contribue également au renforcement de " l'attractivité " de la Région pour des entreprises et des investisseurs étrangers susceptibles d'y implanter des établissements ;

le maintien et le renforcement du rayonnement international des établissements d'enseignement et de formation franciliens constituent enfin un facteur déterminant dans leur développement face à un contexte de mobilité accrue des élèves et des étudiants.

Les modes d'action des établissements franciliens à l'international
Une importante capacité d'action et une diversité de modalités d'intervention

Les établissements franciliens disposent de multiples atouts pour affirmer leur positionnement international : une forte concentration d'institutions, d'enseignants et d'enseignants-chercheurs, un potentiel qui couvre l'ensemble des champs de la connaissance scientifique et technologique, un patrimoine culturel et naturel, des possibilités d'animation et d'ouverture.

- Pour les établissements primaires et secondaires, la promotion de la mobilité constitue une forme limitée de l'ouverture à l'international. Elle comporte : l'accueil des nouveaux candidats à l'inscription à la suite de l'arrivée de leur famille en déplacement ou en migration ; l'organisation de voyages d'études, des séjours linguistiques ou des accords d'échanges entrant dans le cadre d'un jumelage entre établissements ou collectivités territoriales. Pour certains de ces établissements, la dimension internationale peut s'inscrire au cœur du projet d'établissement quand ce dernier comporte des sections internationales, des sections bilingues et, plus encore, lorsqu'il s'agit d'un lycée international.

- Dans l'enseignement supérieur, deux approches dominent : la mobilité sortante, organisation de séjours d'étude à l'étranger pour les étudiants de l'établissement ; la mobilité entrante, attraction des étudiants étrangers dans l'établissement. Dans le premier cas (la mobilité sortante) le principal problème consiste à trouver des places d'accueil dans les établissements homologues et à résoudre les questions de financement, de logistique ou de gestion administrative des cursus. Dans le second cas (la mobilité entrante) il s'agit de convaincre des étudiants étrangers de bon niveau de venir effectuer des séjours d'étude. L'intensité de la pression exercée par les candidats à la mobilité entrante, constitue alors un indicateur significatif et précis, tant de l'attrait que de la compétitivité internationale de l'établissement.

Un positionnement de la France fortement déterminé par le poids de l'Ile de France mais disputé au plan international
La place prépondérante des Etats Unis et des Pays anglophones

Les comparaisons internationales sont bien utiles car elles permettent d'apprécier la place de notre pays et plus particulièrement de notre région en matière d'accueil des étudiants étrangers : sur les 1 770 000 étudiants qui poursuivaient, en 1998, leurs études supérieures hors de leur pays d'origine, la France en accueillait moins de 7% (128 788). Depuis leur nombre a sensiblement évolué (+5,9 % en un an). La place occupée par les Etats Unis (31,6% du total mondial) et les pays anglophones (Grande Bretagne : 11,3% - Australie : 7,8%) est caractéristique de l'avance prise en matière d'accueil d'étudiants étrangers.

Une majorité d'étudiants originaires d'Afrique, une montée en puissance des étudiants originaires des pays d'Europe, en troisième cycle pour la plupart

En France, il s'agit principalement d'étudiants originaires d'Afrique et du Maghreb (49% du nombre d'étudiants accueillis en France) ; les étudiants provenant d'Asie et plus encore d'Amérique sont peu nombreux (respectivement 13,3% et 7% du total). La part des étudiants en provenance de pays européens est en forte progression : 30,7% du total des étudiants étrangers accueillis en France en 1999-2000 contre 17% en 1985-1986.

Les étudiants étrangers sont accueillis à un stade relativement avancé de leur cursus. Pour l'année 1999-2000, la part des étudiants est faible en premier cycle (6,5% de l'effectif alors que les étudiants étrangers représentent 9,2% de la population étudiante totale, tous cycles confondus) ; leur part est proche de cette proportion moyenne en deuxième cycle (8,6% de la population totale ); très forte en troisième cycle (19,8% de la population totale) et notamment en DEA (24,4%) et en doctorat (26,7%).

Une position favorable de l'Ile-de-France mais disputée par les pôles régionaux et menacée par les métropoles comme Londres, Berlin ou Francfort

L'Ile-de-France accueille 50 110 étudiants étrangers, soit 38,9% du total des 128 788 étudiants étrangers inscrits dans les universités françaises. Notre région est donc de loin la première région française. Cependant, il existe désormais en région une dizaine de pôles d'attraction qui accueillent un grand nombre d'étudiants étrangers et proposent une offre pouvant rivaliser avec celle de l'Ile-de-France.

C'est surtout avec les grandes métropoles d'autres pays d'Europe que la compétition pour l'attraction des étudiants étrangers est la plus vive. La très forte concentration de ressources de formation et de recherche réunies dans le grand Londres , à Amsterdam ou dans certains Länders allemands suscite une compétition redoutable du fait de conditions matérielles et institutionnelles d'accueil attractives, notamment en matière de logement et de conditions de travail proposées aux étudiants étrangers mais aussi en matière d'aides administrative, logistique ou financière à l'accueil.

Pour renforcer de la capacité d'action à l'international des établissements d'enseignement
Un potentiel de formation important… mais peu lisible car dispersé

L'Ile-de-France, troisième région économique après New York et Tokyo, dispose d'un fort potentiel de formation : 19,16% des effectifs scolarisés en France métropolitaine, 24% des universités françaises, 31% des écoles d'ingénieurs, le ¼ des classes préparatoires aux grandes écoles et 22% des écoles de commerce. L'importance de son potentiel se mesure également par ses ressources d'encadrement pédagogique : près de 20% du potentiel national (130 000 enseignants) par l'ampleur de l'offre en matière d'apprentissage (33% du nombre des niveaux III en France métropolitaine, 49% des niveaux II et 42% des niveaux I) et l'attraction de son potentiel de recherche (45% des dépenses de recherche).

Malgré la densité de son appareil de formation, l'Ile-de-France, par manque de lisibilité de son offre, ne peut tirer parti de tous ses atouts. Le système dual français (institutions universitaires et grandes écoles) associé à la multiplicité des filières et des diplômes y contribuent fortement ; le nombre et la diversité des établissements amplifient le phénomène. A cela s'ajoute la multiplicité des institutions de formation supérieure qui ont du mal à se coordonner et à agir en réseau. La comparaison entre l'Ile-deFrance et certaines régions françaises révèle un retard préoccupant en la matière et ce, malgré des efforts certains de regroupement (conférence régionale des universités, fédération de 9 écoles d'ingénieurs, mise en réseau des établissements des chambres consulaires…)

La faiblesse des structures d'accueil et des instruments d'incitation à l'ouverture à l'international

La faiblesse des structures d'accueil proposées constitue un handicap en matière de promotion de l'offre à l'international. En région Ile-deFrance, cette faiblesse est particulièrement criante. Elle concerne notamment les structures d'hébergement.

Notre région est marquée par une pénurie relative de l'offre de logements. Ainsi les résidences universitaires n'offrent que 20 000 places alors que la population étudiante s'élève à 550 000 jeunes. Le rapport établi par Marie-Paule ROUMIEUX au nom de la commission de l'habitat et du cadre de vie du Conseil Economique et Social de la région Ile-de-France fait apparaître des besoins qui oscillent entre 20000 et 125 000 places ; le CROUS estime, pour sa part, à 50 000 le niveau des besoins en chambres en résidence universitaire.

Au delà des problèmes d'hébergement, l'Ile-de-France connaît des difficultés propres en matière d'accueil, d'information ou d'orientation des étudiants étrangers et, de façon générale, en matière de promotion de l'offre de formation de ses établissements. Cela tient essentiellement au retard pris dans la structuration de l'action internationale et à l'insuffisance des formes d'actions mutualisées. L'expérience des pôles universitaires européens mis en place dans plusieurs régions françaises montre ce qui pourrait être entrepris pour palier à cette insuffisance. Des formes de mutualisation existent (CROUS, EduFrance, Egide …) mais elles s'adressent aux étudiants bénéficiant d'une mobilité institutionnelle ; les autres étudiants ont recours aux structures d'accueil existant dans les établissements mais ceux-ci ont du mal à assurer une continuité dans le service.

La faiblesse des instruments institutionnels et financiers d'incitation à l'ouverture internationale est l'autre handicap qu'il convient de souligner. Divers dispositifs nationaux ou communautaires existent mais ne semblent pas à la mesure du potentiel de rayonnement scientifique et pédagogique de notre enseignement. Plusieurs régions, dont l'Ile-de-France, ont mis en place des dispositifs de soutien aux actions à l'international et aux projets de coopération universitaires : programmes de bourses ou de complément de bourses à la mobilité - programmes de bourses permettant l'accueil d'étudiants et de chercheurs étrangers - programmes d'appui aux projets de coopération inter-universitaires. Ces actions restent cependant limitées dans leur champ d'application et ne sont à la hauteur des enjeux liés au rayonnement international de l'enseignement francilien.

La politique d'appui à la mobilité internationale ou encore les engagements pris dans le cadre du contrat de plan Etat/Région sont des avancées significatives. Pour être vraiment efficaces, elles doivent s'inscrire dans le cadre d'une stratégie de soutien à l'action internationale des établissements. Or, elle ne semble pas avoir donné lieu à la formulation d'un projet d'ensemble.

Conclusion

L'ensemble du rapport veut contribuer à une prise de conscience collective et politique. Pour notre région, le positionnement international du système d'enseignement conditionne à la fois la structure des qualifications et des compétences, et l'aptitude de l'appareil de formation à répondre à de nouvelles missions liées à l'ouverture internationale de l'économie et de la société.

Pour garder son rang de région capitale, notre Région doit se doter d'une politique cohérente, volontariste et offensive de soutien au positionnement international de son enseignement. En l'absence, elle se prive d'une partie des possibilités qu'offre ce potentiel de rayonnement en matière :

- d'accompagnement des projets de développement économique et social, d'aménagement de l'espace et des infrastructures ;
- d'entretien et de développement de la qualification de la population active de la région dans des domaines et sur des spécialités porteuses d'avenir ;
- d'attraction d'activités nouvelles et d'investisseurs étrangers ;
- de possibilités de transferts de technologies et de valorisation du patrimoine immatériel, scientifique, culturel et artistique de la région.

Recommandations du CESR

Compte tenu des enjeux pour le développement économique et social de la Région, les recommandations du CESR visent à proposer à la collectivité territoriale les éléments d'une politique qu'il estime devoir être explicite et cohérente. Ces éléments pourraient être les suivants :

- L'énoncé d'objectifs et de programmes prioritaires tant pour les établissements primaires et secondaires que pour les établissements du supérieur ;
- La construction d'un système d'information permettant d'assurer, en continu, un bilan actualisé des réalisations et un diagnostic des forces et faiblesses de l'appareil régional de formation en matière internationale ;
- Le choix d'instrument d'intervention permettant d'engager les ressources de la Région selon des programmes cohérents avec ses projets de développement international ;
- La mise en place d'un dispositif d'évaluation permettant d'apprécier la pertinence et l'efficacité des interventions de la Région ainsi que la contribution des différents acteurs à la réalisation de sa politique de rayonnement international ;
- La recherche de modalités appropriées de mobilisation des acteurs qui contribuent ou qui sont susceptibles de contribuer au renforcement du rayonnement international de la région et de l'appareil francilien de formation.

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